top of page
Rechercher

ARRÊTER LE TEMPS ...

Le rapport au temps semble être une clé essentielle de la créativité. La suspension de toute volonté de produire. Chercher à ne plus rien vouloir, à ne plus se projeter dans la volonté du résultat.

Cela pour être dans un créatif présent et conscient. Pour sentir les infinies possibilités créatives de chaque frémissement de l’être. De ressentir la possibilité de développer chaque ramification dans chaque proposition apportée.

Cela sans même voir ou savoir où elles nous mèneront. Savoir impulser et suivre. Maîtriser et les laisser être. « L’arrêt du temps » permet cela.

L’arrêt par l’immobilité dans le rythme et dans le mouvement. L’arrêt par le silence dans la parole, dans la musique ou dans les sons.



Un arrêt où laisser mourrir les énergies physiques, émotionnelles, mentales et intellectuelles. Un silence et un espace où digérer les impressions, les émotions, les images et la compréhension. Un moment supendu dense et puissant. Un trou, une permission du rien dans une société d’abondance : toujours plus rapide, toujours plus productive … toujours se voir en projection.

De multiples disciplines liées au corps place la suspension au coeur même du processus créatif. Etienne Decroux plaçait l’immobilité comme un de ses principes fondateurs. Il confiait en effet que « le mime c’est l’immobilité », reprenant ainsi les propos de Charlie Chaplin.

Qui aura observé la danse Butho, les danses du Kerala ou la pratique des masques rythmiques comme le Topeng, aura remarqué l’importance des postures fixes ou immobiles, ponctuant les variations dynamiques sur les vitesses et les intensités des mouvements.


L’ensemble de ses variations permet un langage corporel articulé et ponctué par des alternances de rythme qui donnent à voir et à sentir une rythmique énergétique musicale du mouvement.

Le public est ainsi maintenu en éveil et l’immobilité permet alors d’être un point de rendez-vous unique et de communion pleine avec le corps et l’énergie de l’artiste.

Ces ruptures de rythme permettent de ressentir l’intensité pleine des mouvements et des corps.

Ce n’est guère simple, mais cela montre la maîtrise de la proposition créative. En effet, moins un artiste osera jouer et faire durer les temps d’arrêts, voire même les exagérer et plus on pourra constater une perte de présence de conscience créative.

Un artiste ne pouvant maitriser ses énergies aura tendance à ponctuer ses propositions d’arrêts non habités car celui-ci se projette déjà sur la suite de sa proposition.

Pour que l’arrêt ait toute sa densité, il faut tout abandonner. Oser laisser mourrir totalement à en perdre le contrôle. Sans se préoccuper d’un besoin de rebond ou d'une suite …

Et cela est une réelle épreuve pour tout artiste qui aura peur de l’ennui, de l’arrêt, du vide … C’est une relation physique à entretenir, à nourrir et à entrainer en y plongeant fréquemment, notamment par le biais d’un travail méditatif et corporel régulier.

Arrêtons le temps, pour ressentir le présent et l’existence dans toute sa densité.

48 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout
bottom of page